RETOUR DANS LES REGLES DE LART POUR DISCOVERY EN CALIFORNIE
Après 3 jours ½ d’attente en orbite depuis la séparation de l’ISS et 4 reports de retour au Kennedy Space Center pour cause de conditions météorologiques défavorables sur la Floride, la navette Discovery s’est finalement posée de nuit à 5H 11 sur la base d’Edwards en Californie.

La Nasa fidèle à sa politique de minimiser les risques voulait un temps absolument dégagé pour permettre aux avions awaks de filmer la descente dans les meilleures conditions et surtout à la commandante Eileen Collins de poser à vue l’appareil sur la très longue piste d’ Edwards. "Discovery est à la maison", a lancé le centre de contrôle de la mission. "Nous sommes de retour", a répondu la commandante Eileen Collins.
Le « touchdown » a eu lieu à 14 H 11 heure de Paris et 48 minutes plus tard, après la coupure de tous les circuits et la visite du médecin, l’équipage est sorti de la navette et en a fait le tour avant de donner une brève conférence de presse.

C’est le terme d’une mission logistique et technique de 14 jours (dont 8 amarrée à la station spatiale internationale) qui a fait parcourir à Discovery 9 millions de km, et avait surtout pour but de rassurer le public américain sur les capacités de la Nasa à tirer les leçons de la catastrophe de Columbia.
Tout s’est déroulé sans problème comme le laissait prévoir le bon état général de la navette après les inspections en orbite. Jamais une navette n’avait été autant examinée sous toutes les coutures pour un retour qui a aussi appris aux techniciens et ingénieurs de la Nasa l’ampleur réelle de l’abrasion résultant d’une descente d’orbite. La phase la plus critique du grand plongeon qui a duré un peu plus d’une heure a été la rentrée dans les couches denses de l’atmosphère qui a porté le bouclier thermique à 1650°C, la chaleur étant dégagée par rayonnement tandis que l’air comprimé formait un plasma autour du nez et des ailes de la navette. Pour ne pas trop qu’elle s’échauffe, les 4 ordinateurs de bord de la navette ont dû garder un angle constant de 40°. Puis lors des 5 dernières minutes en passant en vol subsonique Eileen Collins a repris les commandes et lui a fait décrire un long virage à droite pour l’aligner sur la piste où elle s’est posée en douceur (voir la vidéo : http://www-pao.ksc.nasa.gov/kscpao/videos/metafiles/ksc_080905_landing.ram).
Ce succès permet à la Nasa de dire que les objectifs de la mission « Return To Flight » ont été atteints : les méthodes de détection des brèches sur le ventre et les ailes ont fait la preuve de leur efficacité, et les EVA réalisées avec brio par les spécialistes permettront sûrement de faire de gros progrès pour parvenir à des solutions de réparation des petits impacts en orbite. Néanmoins les critiques et les inquiétudes résultant du détachement d’un gros morceau de l’isolant du réservoir externe au décollage sont loin d’être apaisées. Les problèmes d’adhésion de l’isolant qui sert à éviter la formation de glace sur le réservoir des ergols très froids ne sont toujours pas réglés malgré les sommes dépensées.

L’enquête interne de la Nasa semble s’orienter vers la piste d’une réparation mal faite sur une entaille de cette mousse quelques jours avant le décollage. Si cette cause est avérée rapidement, la Nasa pourra arguer que ses nouvelles procédures de sécurité ont permis de révéler la faille, et la conception du réservoir n’étant pas une source de dangers par elle-même, les vols pourront reprendre avant la fin de l’année sans encore retarder le programme de construction de l’ISS qui tient à cœur aux européens et aux japonais. Ainsi la navette Atlantis (STS-121) pourrait partir comme prévu le 22 septembre avec à son bord l’astronaute allemand de l’ESA Thomas Reiter qui doit passer quelques mois à bord de la station pour mener des expériences scientifiques.
IL n’empêche qu’on est entré dans la phase finale d’exploitation de la navette, ce concept n’ayant jamais fait ses preuves. La navette a été présentée au milieu des années 70 par la Nasa comme une idée géniale, un moyen simple, sûr et bon marché car réutilisable permettant de tout faire : transporter des hommes dans l’espace presque chaque semaine, mettre de gros satellites sur orbite à moindre coût et les réparer, assembler des infrastructures dans l’espace (l’éphémère station américaine Skylab n’a pas ouvert une voie rapide dans ce domaine car il a fallut attendre 1998 pour que les américains participent grâce à l’expérience des russes à un projet comme l’ISS).
Pourtant les difficultés inhérentes au système de protection thermique ont retardé le premier vol de Columbia jusqu’en avril 1981 les ingénieurs devant trouver un moyen de coller en un bouclier cohérent les 34.250 tuiles réfractaires. Puis au fil des ans, la multiplication des missions militaires et commerciales a révélé des coûts de maintenance démesurés, des problèmes informatiques et surtout des failles de sécurité au niveau des joints des boosters à l’origine de la première catastrophe de Challenger an 1986.
La mise en service de deux orbiteurs plus récents (Atlantis et Endeavour) et la réduction drastique du nombre de missions (grâce à la sous traitance du lancement de nombreux satellites et sondes scientifiques au secteur privé- aujourd’hui notamment Boeing et ses fusées Delta IV ; Lockheed Martin et les Atlas V) ont permis de limiter les dangers d’un moyen de transport trop ambitieux pour atteindre le niveau de fiabilité des avions de ligne.
Pendant quinze ans la réussite d’un certain nombre de prouesses en matière d’EVA et de réparation spatiale (on se rappelle notamment la mission COSTAR qui a permis de corriger la « myopie » d’Hubble en 1993) ont fait oublier au grand public que la navette n’était qu’un prototype demandant un niveau d’expertise et de vigilance difficile à maintenir au sein d’équipes de milliers de techniciens et d’ingénieurs (sans parler de la multiplication des sous-traitants).
L’accident tragique de Columbia en 2003 a ouvert les yeux des gouvernants qui ont obligé la Nasa à évoluer ; les Etats Unis ne peuvent plus risquer des vies humaines pour des missions techniques de maintenance au retour scientifique de moins en moins évident, le fait de « tourner en rond » indéfiniment en orbite basse ne passionnant plus un public qui a besoin d’une nouvelle frontière plus lointaine.
« Le vol spatial habité reste quelque chose de difficile, nous sommes à l'aube de cette entreprise et non dans sa phase de maturité", a reconnu le patron de la NASA, Michael Griffin, il y a quelques jours.
Le rêve d’un taxi-cargo de l’espace au fonctionnement opérationnel aussi simple et bon marché qu’une ligne de bus a vécu. La navette pourra encore rendre de loyaux services à l’ISS mais ses jours sont comptés… l’aventure spatiale elle continue.
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