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 JUILLET 2006

SOLARNEWS SUIT LE RETOUR

DE DISCOVERY VERS L'ISS

AU JOUR LE JOUR

 

 

 

 

    

 

     

Jeudi 5 janvier 2006 4 05 /01 /Jan /2006 17:10

Tethys orbite autour de Saturne à 295 000 Km et en fait le tour en 45 heures (crédit : Nasa/JPL/ Space science Institut)

Lors du survol du 24 Sept 2005, Cassini s’est approchée de Tethys, une petite lune (1071 Km de diamètre) de glace d’eau (faible densité de 1,21 gm/cm3 ) qui a connu une histoire tourmentée, dont témoigne une forte cratérisation et des fractures de la croûte glacée. La majorité des caractéristiques tectoniques apparentes datent de la période de bombardement primitif qu’a connu cette zone autour de Saturne où plusieurs lunes seraient entrées en collision.

Mosaïque de l'hémisphère tourné vers Saturne (Nasa/JPL/ Space Science Institute)

Le grand Rift nommé « Ithaca Chasma » signe d’une activité géologique ancienne sur Tethys, balafre ici l’hémisphère tourné vers Saturne, il parcoure les ¾ de la circonférence de la lune et fait 100 Km de diamètre en moyenne et 4 Km de profondeur par endroits.

Les scientifiques pensent qu’il remonte à la période où la surface de Tethys, en se refroidissant, s’est solidifiée avant l’intérieur liquide. Pendant un certain temps Tethys a donc pu conserver un océan sous sa couche glacée (comme Europe aujourd’hui), mais on pense qu’il a gelé.

Le prolongement Sud d’Ithaca Chasma, zone non vue par Voyager 1 il y a 25 ans (NASA/JPL/Space Science Institute)

Les crêtes environnantes sont couvertes de cratères de toute taille, ce qui suggère un rift très ancien. Contrairement à Hypérion, un matériau blanc est concentré au fond des cratères… l’origine de cette différence d’albédo reste inconnue : couche sous-jacente différente excavée par les impacts de météores, texture ou taille différente des cristaux de glace par rapport aux flancs des cratères et aux terrains alentours ?

Une vue rapprochée de la surface de Tethys en fausse couleurs, créée par l’équipe d’imagerie à partir des filtres verts, IR et UV. Elle révèle une grande variété de couleurs qui doivent correspondre à un mélange de terrains de nature différente, étonnant à si petite échelle (NASA/JPL/Space Science Institute)

L’hémisphère avant de Tethys arbore deux grands cratères signes d’impact gigantesques, le plus grand cratère Odysseus fait 450 Km de diamètre au Nord, et ensuite Melanthius vers le pôle Sud, avec une chaîne de montagnes à la place d’un pic central.

Cet éclairage perpendiculaire révèle les reliefs deTethys, notamment au centre du cratère Odysseus une montagne centrale soulignée par le terminateur (NASA/JPL/Space Science Institute)

Et pour finir une superbe image toute récente de Cassini : Tethys passe devant le globe orangé de Saturne dans cette superbe vue en couleurs réelles (au dessus les anneaux vus par la tranche). C’est l’été actuellement dans l’hémisphère Sud, et la couche de nuages et de brumes superposées renvoie une grande partie de la lumière du soleil.

 

Credit: NASA/JPL/Space Science Institute

Par Bouton - Publié dans : solarnews
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Vendredi 30 décembre 2005 5 30 /12 /Déc /2005 23:57

V- QUELS MYSTERES RESTENT A PERCER PAR LA SONDE EUROPEENNE CONCERNANT L’ ACTIVITE VOLCANIQUE QUI A FACONNE LE RELIEF VENUSIEN ?

Vénus a connu un volcanisme très actif il y a 200 à 500 millions d’années. Vénus Express pourra rechercher des « points chauds » repérables par des bouffées infrarouges ou de possibles mouvements tectoniques que l’atmosphère dense est capable de répercuter. La sensibilité des instruments de Vénus Express pourrait permettre de les détecter. On attend beaucoup de ce côté-là !

Un lifting récent

Les images des sondes précédentes ont permis de repérer des cratères d’impact de taille moyenne et également distribués, ce qui tend à prouver que sa surface est jeune. La théorie dominante chez les planétologues est celle de grandes éruptions à un moment récent de regain d’activité interne dans l’Histoire de Vénus qui auraient recouvert la majorité de la planète.   

 

 

   

 

 

 Le cratère d’impact Dickinson (Nasa/JPL)  Aucun cratère plus petit que 2 à 5 Km de diamètre n’est visible car la dense atmosphère de Vénus fait que les météorites les plus petites sont brûlées dans l’atmosphère épaisse.  

 

 

L’âge de la surface est estimé < 800 Millions d’années par la méthode de comptage de cratères (faible densité). Mais la fourchette reste très vague : la grande éruption qui a resurfaçé Vénus a-t-elle eu lieu il y a 300 millions, 500 millions, 800 millions ou 1 Milliard d’années ? 

 

La plupart des cratères d’impact n’ont pas été déformés donc des processus de resurfaçage par des laves volcaniques ont dû recouvrir les vieux cratères. 

L’érosion mécanique existe en effet sur Vénus car des vents doux sont capables de déplacer des grains de sable (des dunes apparaissent d’ailleurs sur les images radar). Une érosion chimique aussi, les roches étant attaquées par l’acide sulfurique, mais il faudrait des analyses in situ pour en voir les effets.  

 

« fluidized ejecta deposit » dans Hale Crater (Nasa/JPL)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Une caractéristique unique est la forme des cratères d’impact sur Vénus : leurs éjectas s’allongent très loin car à cause de la chaleur et de la densité, le matériel n’est pas vaporisé par l’impact comme ailleurs mais fondu ou bouilli et il s’écoule alentours.

Le radar de la sonde américaine Magellan (1989-92) a révélé un relief assez plat, seulement 10 % de la Surface a une altitude > 10 Km d’altitude contre 30% sur Terre.

Vénus n’ayant pas d’océan, pour définir l’équivalent du niveau de la mer, le rayon moyen de Vénus (6051 Km) a été pris comme référence et sert de niveau O (on parle de géoïde).

La surface est couverte à 20 % de plaines basses, à 70 % de collines et à 10 % de hautes montagnes surtout dans la partie Nord où elles présentent peu de cratères d’impact => plus jeune.

Le relief de Vénus présente 2 hémisphères très différents avec une dichotomie Nord/Sud : au Nord une région montagneuse avec des plateaux ; au sud de vastes plaines de lave.   

 

 

 

 

 

                     Nasa/JPL 

 

2 secteurs de massifs montagneux sans doute plus anciens se distinguent sur cette carte du relief: Aphrodite Terra proche de l’Equateur (aussi grand que l’Amérique du Sud) et Ishtar Terra au Nord (plus grand que le plateau de l’Himalaya) constitué par des écoulements de lave au dessus d’une section plus élevée de la croûte.

 

Des volcans en forme de crêpe, des couronnes et des arachnoïdes !  

Les preuves d’un volcanisme important sont que plus de 1500 dispositifs volcaniques ont été détectés grâce aux radars des sondes Venera, Pioneer Venus et surtout Magellan. Ils pourraient être plus d’ 1 million car la résolution du radar de Magellan était limitée. Aucun volcan encore en activité n’a été détecté à ce jour. 

 

 

 

Sif Mons, très large mais de seulement 1,7 Km d’altitude (Nasa/JPL/CalTech) 

La plupart des volcans ne sont pas très hauts mais de type effusif comme les volcans Hawaïens ou encore Olympus Mons sur Mars. Les sondes qui ont analysé le sol ont permis de déterminer la composition des laves : des basaltes très visqueux, similaires aux rhyolites ou aux alacites sur Terre. 

Roches craquelées photographiées par Venera 14  

 

Les images en 3D grâce aux données radar de Magellan ont permis de reconstituer les paysages volcaniques de Vénus.

On retiendra les fameux « Pancakes », ce sont des dômes de 100 à 600 m à sommet plat et falaises abruptes constitués de l’éruption d’une lave plus visqueuse que les plaines environnantes.  

 

 

  

Les « crêpes » d’Alpha Regio (Nasa/JPL) 

 

Un autre type de relief particulier a été nommé « Corona » : il s’agit de vastes structures circulaires qui peuvent atteindre des centaines de Km dûes à l’effondrement de chambres  magmatiques sous le poids des dômes.   

 

 

Aine Corona (Nasa/JPL) 

Les « arachnoïdes » sont originales car circulaires ou ovoïdes, avec des anneaux concentriques et un réseau de fractures se prolongeant à l’extérieur. Ils ont un diamètre de 50 à 230 Km et sont peut être précurseurs de la formation de coronae. 

 

Nasa/JPL  

 

Des écoulements de laves très étendus, sur 7000 Km de long dans le cas de HILDR (plus long que le Nil sur Terre), sont aussi spectaculaires. 

 

Enfin les massifs les plus hauts de Vénus pourraient connaître des neiges de métal ! 

En 1995 des astrophysiciens américains travaillant sur les données de Magellan ont mis en évidence des sommets brillants sur Vénus: ils pensent à une fine couche de métal comme le sulfure de plomb ou le bismuth, vaporisés puis condensés en altitude comme du givre sur certains sommets (Ex : Beta Regio au Nord). 

 

Une croûte unie ? Un cœur de fer solide ?

La présence de peu de rifts et de fractures, mais plutôt de vastes bombements, produits de l’accumulation de laves sur des époques géologiques, laisse penser jusqu’ici que la lithosphère de Vénus ne connaît pas de tectonique générale. D’ailleurs s’agit il d’une croûte unie ou de plusieurs plaques ?  

 

 

      

Le volcan Sapas Mons (Nasa/JPL/CalTech)  

Les volcans apparaissent immobiles et non pas alignés en chaîne comme sur Terre dans les zones de subduction ou le long des dorsales. C’est peut être le signe que la croûte de Vénus, soumise à des températures et à des pressions extrêmes, est plus déformable que sur Terre, plus facile à déformer qu’à recycler en tout cas parce que la croûte de Vénus contient très peu d’eau. Les roches de Vénus analysées par les sondes Venera sont plutôt formées de silicates, de nickel et de fer. 

Comme la Terre, Vénus doit avoir un noyau de fer liquide de 3000 Km de rayon et un manteau de roches fondues.  

Mais jusqu’ici on n’a pas mesuré sur Vénus de champ magnétique dipolaire. La cause pourrait être sa rotation trop lente ou des changements majeurs au cours de son histoire, mais cela signifie peut être des choses sur sa structure interne : Vénus n’a peut être plus de noyau liquide. La question de savoir si son cœur est liquide ou solide reste ouverte, le calcul des moments d’inertie de Vénus étant impossible car sa rotation est trop lente.  

 

La température du cœur est aussi une inconnue, car à l’instar de tous les corps de masse importante, la désintégration d’éléments radioactifs du noyau devrait dégager de la chaleur que la planète doit évacuer par des mouvements de convection.

 Pourtant les missions précédentes n’ont observé aucun signe de tectonique, donc le mode d’évacuation de la chaleur de Vénus peut être différent de la Terre. En tout cas, ce que l’on peut dire de la structure interne est limité, et Vénus Express ne devrait pas apporter de révélation dans ce domaine, la mission étant axée sur l’étude de l’atmosphère.  

 

 

  On peut quand même regretter qu’elle n’emporte pas un radar plus précis que Magellan…

Conclusion :  

 

 

 

L’exploration de Venus est donc loin d’être terminée, d’autant que l’étoile du berger recèle encore bien des mystères.  

Par exemple des observations de la couche nuageuse en ultraviolet ont révélé un phénomène intrigant. Des zones absorbent la moitié de l’énergie solaire reçue par la planète et la réémettent sous forme d’ultraviolet.  

Des explications plus ou moins fantaisistes ont été avancées : à 50 Km d’altitude des microbes se nourrissant d’acide sulfurique pourraient utiliser la lumière UV dans un processus de photosynthèse exotique pour tirer leur énergie. C’est une hypothèse exobiologique hardie, mais pour la vérifier il faut aller sur place avec des ballons sondes.  

 

L’agence spatiale japonaise devrait envoyer la sonde Planet C en 2008 et à plus long terme, l’ESA planche sur un concept avancé baptisé Venus Entry Probe : 2 orbiteurs, 1 ballon embarquant un mini laboratoire pour des analyses in-situ déployé dans la couche la moins extrême vers 55 Km d’altitude (T°= ~30°C) et 15 micro sondes larguées au dessus de 5 régions distinctes pour une étude plus complète de l’atmosphère de Vénus. 

 

En attendant, Vénus Express devrait donner une belle moisson de résultats et du travail pour des années aux scientifiques. 

 

« Grâce à Venus Express, nous comptons bien démontrer une fois de plus que l’étude des planètes est d’une importance cruciale pour notre propre vie sur Terre », a déclaré Jean-Jacques Dordain, Directeur général de l’ESA.  

 

« Pour comprendre l’évolution du climat de la Terre et l’ensemble des phénomènes qui y participent, nous ne pouvons pas nous contenter d’observer notre seule planète. Il nous faut décrypter les mécanismes qui régissent les atmosphères planétaires en général. Avec Mars Express, nous étudions l’atmosphère de Mars, avec Huygens nous avons exploré celle de Titan, et avec Venus Express nous allons ajouter une nouvelle pièce à notre collection. A une époque, Vénus et la Terre ont dû être très semblables et il nous faut comprendre pourquoi et comment elles ont pu diverger au point que l’une a pu devenir le berceau de la vie tandis que l’autre s'est transformée en un véritable enfer ».  

La présence des océans sur Terre qui ont dissous le CO2 et ont permis un réglage fin de l’effet de serre propice à la vie apparaît bien comme le facteur clé qui différencie la planète bleue de l’infernale atmosphère carbonée de Vénus.

 

 

Par Bouton - Publié dans : solarnews
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Jeudi 29 décembre 2005 4 29 /12 /Déc /2005 23:11

IV- UN CLIMAT INFERNAL QUI PEUT NOUS AIDER A COMPRENDRE L’EQUILIBRE DU CLIMAT TERRESTRE

Malgré cette exploration très poussée, de nombreux mécanismes de Vénus demeurent mal compris, à commencer par la dynamique et la chimie de son atmosphère très épaisse. Durant 2 jours vénusiens (qui équivalent à 486 jours terrestres), Venus Express doit étudier une atmosphère très dense et turbulente, composée à 96% de gaz carbonique, les tourbillons de nuages riches en acide sulfurique qui l'enveloppent ; ainsi que l’ionosphère.

(ESA)

Un but majeur est de comprendre l'importance de l'effet de serre dans la chaleur énorme de 480 degrés Celsius en moyenne qui règne au sol de la planète.

Venus Express va s’attacher à comprendre le réchauffement qui a transformé Vénus en enfer, alors que ses voisines du système solaire interne (laissons de côté le cas de Mercure qui n’a qu’une faible atmosphère) ont évolué différemment : Mars a presque perdu son atmosphère de CO2 et est devenu un monde glacé, alors que la Terre a acquis une atmosphère secondaire particulière (N2,O2) où l’effet de serre provoqué par les fortes concentrations de vapeur d’eau joue un rôle modéré, mais décisif pour la vie.

Les données de Venus express permettront aux scientifiques d’affiner des modèles pour répondre à quelques questions fondamentales concernant le climat de Vénus.

1- Pourquoi Vénus est-elle si sèche ? Que sont devenus les océans primitifs de Vénus ?

On ne sait pas si Venus possédait de grandes quantités d’eau initialement. Mais on peut faire l’hypothèse qu’à l’origine du système solaire, le bombardement primitif intense et le dégazage qui a suivi ont dû doter Vénus d’une hydrosphère comparable à la Terre. Or aujourd’hui dans son atmosphère, il n’y en a plus (sous forme de vapeur) que l’équivalent d’une pellicule de 30 cm d’eau liquide à la surface (contre 2,7 Km sur Terre).

Il est possible que Vénus ait perdu cette eau suite à l’érosion par le vent solaire, après la disparition de son champ magnétique protecteur, mais on peut aussi constater que le reste des constituants atmosphériques, en particulier le CO2, est toujours là. Cependant on a constaté que l’eau restante dans l’atmosphère sous forme de traces était 150 fois plus riche en eau lourde que l’eau terrestre, ce qui accrédite la thèse d’une photodissociation par les UV.

La basse couverture nuageuse vue par le spectromètre NIMS de la sonde Galileo en 1990 (Nasa/JPL)

Venus Express dispose d’un instrument comme Aspera 4 capable de mesurer la vitesse à laquelle les ions d’O et d’H s’échappent de la haute atmosphère dans l’espace, et de dresser une carte détaillée de ce processus. Par extrapolation, on pourra peut être avoir une idée de la quantité d’eau échappée depuis des milliards d’années. Le magnétomètre MAG permettra aussi de rechercher les effets magnétiques liés à l’interaction du vent solaire avec l’atmosphère et non un champ magnétique intrinsèque de Vénus (existence d’un champ rémanent par endroits comme sur Mars ?).

Vénus a un axe de rotation faiblement incliné de 2,7° donc contrairement à la Terre il n’y a pas de saisons. Si le soleil était visible sur Vénus, il se lèverait à l’Ouest car elle tourne en sens inverse de la Terre.

2-Pourquoi cet emballement de l’effet de serre sur Vénus ?

La composition de l’atmosphère actuelle de Vénus (96 % de CO2 ; 3 % d’azote sous forme réduite HN2 ; 1% de SO2, de vapeur d’eau et de gaz rares) est en premier lieu responsable des températures extrêmes à sa surface.

Située à 108 Millions de Km du soleil contre 150 Millions pour la terre, Vénus reçoit certes un flux solaire presque double, mais on estime que 65 à 80 % de celui-ci est réfléchi par la couverture nuageuse (d’où le fort albédo de Vénus - 0,65 - le 2ème du système solaire après la lune). Ainsi le flux net en surface est 3 fois moindre que sur Terre, mais le CO2 qui y est 250 000 fois plus concentré piège le rayonnement infrarouge renvoyé par le sol de Vénus, et cet effet de serre divergent contribuerait pour 350 °C à la température au sol (460°C en moyenne).

 

L’effet de serre emballé sur Vénus (Crédit ESA)

D’où vient la différence ?

De constituants atmosphériques mineurs (SO2 et H2O) qui absorbent très efficacement les radiations IR dans des bandes complémentaires du CO2. Les spectromètres de Vénus Express mesureront leurs concentrations à différentes altitudes ainsi que celles des fines particules d’acide sulfurique en solution aqueuse qui forment des nuages entre 45 et 70 Km d’altitude et contribuent aussi à l’effet de serre. La vapeur d’eau, bien que présente en quantités très faibles (30 ppm) joue donc un rôle important dans la chimie atmosphérique.

Les rejets artificiels de CO2 par l’Homme contribuent à l’effet de serre sur Terre. L’étude de l’effet de serre sur Vénus, dont les causes sont de nature différente, est aussi importante pour nous. Les températures de la surface (400-500°C) mesurées par les sondes Venera ont empêché toute vie de se développer sur Vénus malgré une quantité de Carbone comparable à la biosphère terrestre. Si la vie dans son ensemble n’apparaît pas menacée à court terme sur Terre par un réchauffement de quelques degrés dans les siècles à venir (ce ne serait pas la première fois, même si là les causes sont artificielles et le phénomène semble t’il plus rapide), qu’en sera-il à une échelle géologique ?

La planétologie comparée a en effet pour but de mieux comprendre l’Histoire de notre Terre, de savoir pourquoi elle a pu maintenir des conditions climatiques modérées permettant à l’eau d’exister en phase liquide.

L’effet de serre est-il durable sur Vénus?

On a vu qu’une partie notable de celui-ci était provoquée par le SO2, mais d’où provient-il sachant que l’atmosphère primaire de Vénus ne devait contenir que du CO2 et H2O ? Vénus a connu un volcanisme très actif il y a quelques centaines de milliers d’années, mais si les éruptions ont cessé, la concentration de SO2 dans l’atmosphère devrait baisser car le SO2 va se recombiner avec les roches de surface pour former des sulfates, et l’effet de serre va diminuer. Vénus express peut nous fournir des indices sur un tel processus, en mesurant la concentration du SO2 dans la basse atmosphère et en recherchant les signes d’une activité volcanique (points chauds) grâce à ses spectromètres PFS et VIRTIS.

3- Comment expliquer le régime des vents sur Vénus ?

La pression au sol sur Vénus est énorme : l´équivalent de 92 atmosphères terrestres. Cependant la vitesse des vents au sol mesurée par les sondes Venera est faible.

Par contre on sait que les vents d’altitude font le tour de Vénus en 5 jours. Ils vont d’Ouest en Est, dans le même sens rétrograde (celui des aiguilles d’une montre) que sa rotation. Le maximum de vitesse des vents est atteint vers 65 Km d’altitude avec des pointes vers 540 Km/H à l’Equateur. Vénus Express doit permettre de vérifier l’hypothèse que ce sont les contrastes thermiques (causés par la très lente rotation) entre des masses d’air situées du côté jour de la planète surchauffé et du côté nuit très froid qui sont à l’origine de cette « superrotation » des vents d’altitude si particulière dans le système solaire.

La couverture nuageuse en altitude vue en UV par Hubble en 1995 (L. Esposito (University of Colorado, Boulder, NASA)

Vénus Express doit aussi étudier le mode de fonctionnement de la circulation globale sur Vénus, puisque des déplacements méridiens se produisent comme sur Terre le long de cellules de Hadley, permettant l’égalisation des températures. On a par ailleurs observé que 2 énormes vortex effectuent au dessus des pôles une rotation assez complexe (en 3 jours terrestres pour celui du pôle Nord).

4- Quelle est la chimie atmosphérique dans la troposphère (entre 0 et 100 Km d’altitude) ?

Vénus Express va mesurer la composition des différentes couches atmosphériques et le cycle des constituants mineurs comme SO2 ou H2O qui jouent un grand rôle dans la chimie atmosphérique.

Vers 60 Km existe une épaisse couche de nuages jaunâtres de 20 Km d’épaisseur qui gênent les observations et intéressent particulièrement les scientifiques car sa partie supérieure est constituée de gouttelettes d’acide sulfurique en suspension formées par un processus déjà connu (photolyse de CO2 et de H2O par les UV).

Vénus Express doit établir la 1ère carte de la composition de la basse atmosphère (PFS). On ignore beaucoup de la chimie qui y prévaut, même si on pense que la décomposition de l’acide sulfurique au contact des très chaudes températures de la surface est le processus dominant dans les basses couches. Il faudra aussi déterminer l’origine de la grande quantité de particules fixes qui s’y trouvent…

De 60 à 110 Km (moyenne atmosphère) une quantité importante de CO est formée par photodissociation du CO2. C’est pareil pour H2S => acide sulfurique. Les données précises de Vénus Express permettront l’étude du cycle chimique de ces éléments.

De la très haute atmosphère (stratosphère) on sait peu de choses. Pourquoi la haute atmosphère d’une planète si proche du soleil a t’elle une température si basse alors qu’elle est si proche du soleil ? Il semblerait que l’absorption des UV par la stratosphère de Vénus soit moins efficace que sur Terre, si bien qu’elle ne connaît pas le phénomène d’inversion du gradient thermique entre la basse et la haute atmosphère comme sur Terre.

DEMAIN : LES VOLCANS DE VENUS.

 

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Mercredi 28 décembre 2005 3 28 /12 /Déc /2005 14:55

III- une fausse jumelle de la Terre déjà bien connue.

Les astronomes ont l’habitude de présenter Vénus comme une « sœur jumelle » de la Terre (qui aurait mal tournée :x). Avec un rayon de 6052 Km (contre 6372 Km pour la terre), une masse (estimée grâce à la déviation des sondes qui la croisent) de 0,82 masse terrestre, une densité et une gravité très proches (91 % de celle de la Terre), Vénus est une planète tellurique très similaire à la Terre, même si sa proximité avec le soleil (0,72 UA) lui a valu un destin particulier. On sait depuis 1761 qu’elle possède une atmosphère (observation d’un halo lors du transit de Vénus par l’astronome russe Lomonossov).

Jusqu’au début du XX° siècle on pensait même que la vie pouvait y exister, comme sur Mars. Cependant la surface restait obstinément voilée aux observations par les télescopes terrestres par une épaisse atmosphère opaque. Peu après la 2°GM, les premières mesures de spectroscopie infrarouge révèlent une atmosphère majoritairement composée de CO2 (et de composants mineurs comme H2,O2,H2O,H2S,COS).

Dans les années 50 les mesures en ondes centimétriques suggèrent aussi une température très élevée de la surface.

Il fallait aller sur place pour en avoir le cœur net.

Vénus photographiée dans le visible par Pioneer Venus (Nasa)

Tout ceci a fait de Vénus une cible privilégiée des premières missions spatiales envoyées par les soviétiques et les américains au début des années 60 : Vénus est deux fois plus proche de nous que Mars, et les lois de la mécanique céleste sont faciles à calculer pour une planète qui n’a pas de satellite.

En tout depuis les débuts de l’ère spatiale, 23 missions américaines ou soviétiques seront menées avec succès sur 41 sondes envoyées (en comptant toutes celles qui ont survolé Vénus sans lui être dédié exclusivement), soit un taux de réussite largement supérieur aux missions martiennes. En 1962, la sonde américaine Mariner 2 survole Vénus pour la première fois à 35 000 Km et prend les premières mesures in-situ de la température (évaluée alors > à 200°C) et de la forte pression atmosphérique. Elle met aussi en évidence la lente rotation rétrograde de Vénus.

Puis pendant 3 ans les soviétiques multiplient les missions avec les premières sondes Venera dont la plupart sont perdues. Mais en 1967 le module de descente de Venera 4 retransmet les premières données sur les basses couches de l’atmosphère (entre 55 et 25 Km d’altitude) confirmant sa composition dominante en CO2 et sa densité. Après 2 autres tentatives, les soviétiques posent enfin en 1970 la sonde Venera 7 à l’aide d’un parachute, le premier robot posé par l’homme à la surface d’une autre planète. Pendant 23 minutes, elle fournit des données précises sur la température (474°C) et la pression (90 bars, soit l’équivalent de la pression sous 1000 m d’eau sur terre !). L’exploration de Vénus s’apparente alors à celle des grands fonds marins, la chaleur et les gaz toxiques en plus.

En 1974 la sonde américaine Mariner 10 prend les premières images à distance en ultraviolet et étudie les mouvements étranges de l’atmosphère, révélant la rotation très rapide de celle-ci (super-rotation). Un an plus tard, les soviétiques réalisent un autre exploit avec les photos (en N&B) de la surface transmises par les lander des sondes Venera 9 et 10, des engins énormes qui résistent environ 1 H à la fournaise de Vénus.

Le lander des sondes Venera 9 & 10 était conçu pour résister aux très fortes chaleurs du sol Vénusien par un système de fluide circulant. Durant la descente il a fourni des profils altitude/pression et des mesures de températures. Au sol, il a résisté 65 minutes, photographiant le sol alentour et mesurant la vitesse des vents (credit : Nasa)

Piquée au vif, la Nasa réagit en 1978 avec une double mission complexe et ambitieuse : Pioneer Venus 1 & 2 combinent orbiteur-mère et landers pour la première étude complète des strates de l’atmosphère (avec analyse d’échantillons) et de la surface. Ces données sur plusieurs années montrent le rôle majeur de constituants comme SO2 dans la chimie de l’atmosphère vénusienne et la formation de nuages d’acide sulfurique (H2SO4) dans la haute atmosphère. D’autre part cette mission réalise le premier sondage radar de la planète, qui révèle un grand nombre de formations volcaniques (de même que les observations du radiotélescope d’Arecibo qui montrent plus de 50 volcans d’un diamètre > 50 km) et deux régions montagneuses plus élevées : Ishtar terra et Aphrodite Terra.

Au cours des années suivantes, l'URSS n’est pas en reste et multiplie les expériences : en 1978 Venera 11 et 12 analysent aussi l’atmosphère et se posent en 2 régions de l’hémisphère Sud d’où elles transmettent des données pendant près de 2 H. Il faut néanmoins attendre les sondes Venera 13 et 14 en 1982 pour avoir les premières images couleur du sol de Venus, dans la région de Phoebe. D’autre part une foreuse prélève des échantillons sous les sondes qui seront analysés comme du basalte.

Panorama du site d’atterrissage de la sonde soviétique Venera 13 dans Phoebe Regio en 1982. Les couleurs sont difficiles à juger car l’atmosphère vénusienne filtre le bleu.

Les années 80 sont l’âge d’or de l’exploration soviétique de Vénus, les scientifiques russes se consolant ainsi de leurs déboires dans l’exploration martienne. Venera 15 & 16 réalisent ainsi en 1983 une cartographie radar de l’hémisphère Nord. En 1985 les sondes Vega 1 & 2 en route vers la comète de Halley larguent dans l’atmosphère de Vénus deux ballons-sondes français conçus par le CNES afin d’étudier le régime des vents ainsi que deux atterrisseurs qui se posent à l’ouest d’Aphrodite Terra et analysent des échantillons de sol.

La dernière grande mission à destination de Vénus date de 1989, avec le lancement de la sonde américaine Magellan par la navette Atlantis. L’instrument principal de Magellan est un radar qui de 1990 à 1994 permet de cartographier à haute résolution (120 à 220 m/pixel) 98 % de la surface. Magellan fournit des résultats très importants sur la topographie de la surface, l’activité tectonique et volcanique de Venus apparaissant récente.

La combinaison des données des sondes Venera et Magellan a donné des images spectaculaires des volcans vénusiens et de certaines formations géologiques uniques.

Vénus vue du pôle Nord : cartographie hémisphérique réalisée grâce aux données du radar de Magellan/ fausses couleurs établies à partir des données altimétriques des sondes Venera 13&14 (Nasa/JPL)

Après cette date, les programmes spatiaux se recentrèrent sur les vols habités en orbite basse et sur Mars, tandis que Vénus tombait dans un relatif oubli.

 

DEMAIN : LES MYSTERES DU CLIMAT DE VENUS.

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Mardi 27 décembre 2005 2 27 /12 /Déc /2005 21:43
 II- Comment est né le projet Venus Express ?

Venus Express est un orbiteur dédié à une étude globale et multispectrale de l’atmosphère vénusienne. Jamais une sonde scientifique de l’Esa n’a été fabriquée aussi rapidement, car il n’a fallut que 4 ans pour mener à bien le projet, de la conception au lancement. Il a bénéficié en effet de la plateforme et d’une partie des instruments de Mars Express (en orbite autour de la planète rouge depuis Noël 2003 qui donne pleine satisfaction) et de certains instruments de Rosetta, la sonde en route vers la comète Churyumov-Gerasimenko. Ceci a permis de réduire les coûts de développement à 23 millions d’euros pour les instruments ; sur 220 millions au total pour le développement, le lancement et l’exploitation de la sonde.

 

Venus express en orbite (vue d’artiste-ESA)

Décidée en 2001, la construction de la sonde a été confiée par l’ESA à EADS Astrium dès octobre 2002, maître d’œuvre à la tête d’un consortium de 25 sous-traitants appartenant à 14 pays européens. Elle a été construite en 34 mois seulement car elle reprend l’architecture générale de Mars Express, même si certaines caractéristiques ont été modifiées pour répondre à de très grands écarts de température entre le vide spatial à – 270°C et l’environnement chaud et agressif autour de Vénus. Il a fallut en effet protéger les instruments du flux solaire très intense (2500 W/m² contre 1400 en orbite terrestre) et réfrigérer les imageurs infrarouge à – 193°C pour garantir un fonctionnement optimal. Les panneaux solaires de la sonde ont été entièrement revus par rapport à Mars Express. Ils sont plus courts et les rangées de cellules solaires alternent avec des miroirs pour réfléchir une partie du flux solaire. Le corps de Venus Express a bénéficié en outre d'une protection thermique spécifique : elle est recouverte de 24 couches de capton (isolant) froissé doré et de miroirs réfléchissants pour préserver une température intérieure acceptable (20-25°c).

 

La sonde a été assemblée chez Alenia Spazio à Turin en 2004 ; le système de propulsion a été vérifié en Angleterre et les différents sous-systèmes ont été testés courant 2005 à Toulouse notamment chez Intespace (résistance aux vibrations et aux contraintes du lancement, variations). Le 7 Août 2005 la sonde a été chargée à Toulouse sur un avion Antonov An-124 et est parvenue sans encombre à Baïkonour où les tests de la campagne de lancement ont eu lieu pendant 3 mois.

 

Venus Express en test chez Intespace à Toulouse (ESA/EADS Astrium)

Outre la France, l'Italie, la Belgique, l'Allemagne, l'Autriche, la Suède et les Etats-Unis participent à cette mission sur le plan scientifique. Venus Express sera le premier orbiteur vénusien à effectuer des observations de la surface de la planète à travers des « fenêtres de visibilité » récemment découvertes dans les bandes infrarouges.

 

Parmi ses 7 instruments, le CNES participe à 3 expériences :

- VIRTIS( Visible and InfraRed Thermal Imaging Spectrometer), un spectromètre qui fonctionne dans le visible,l’infrarouge et le rayonnement UV pour l’étude de la croûte vénusienne

- SPICAV ( Spectroscopy for the Investigation of the Characteristics of the Atmosphere of Venus) , un spectro-imageur infrarouge et UV pour l’étude des composants chimiques de l’atmosphère

- ASPERA-4 ( Analyser of Space Plasmas and Energetic Atoms) qui va analyser l’impact du vent solaire qui frappe de plein fouet l’atmosphère et l’ ionosphère de Vénus.

 

Instruments de Venus Express

 

Instrument

 

Objectifs

 

Héritage

 

Principal Investigator

 

ASPERA-4

 

Analyseur de plasmas et d’ions

 

Mars Express (ASPERA-3)

 

S. Barabash
(IRF, Kiruna, Sweden)

 

MAG

 

Mesures du champ magnétique induit par le vent solaire

 

Rosetta Lander (ROMAP)

 

T. Zhang
(OAW, Graz, Austria)
PFS

 

PFS

 

Sondage vertical de l’atmosphère par spectromètre de Fourier à infrarouge

 

 

Mars Express (PFS)

 

V. Formisano
(IFSI CNR, Frascati, Italy)

 

SPICAV

 

Spectrométrie de l’atmosphère par occultation d’étoile ou du soleil

 

Mars Express (SPICAM)

 

J.-L. Bertaux
(SA/CNRS,
Verriéres-le-Buisson,
France)

 

VeRa

 

Expérience radio de sondage de l’atmosphère de Vénus.

 

 

Rosetta (RSI)

 

B. Häusler
(Universität der Bundewehr, München,
Germany)

 

VIRTIS

 

Spectrographie pour réaliser une carte de l’atmosphère et de la surface de Vénus.

 

Rosetta (VIRTIS)

 

P. Drossart
(CNRS/LESIA & Observatoire de Paris, France) et
G. Piccioni
(IASF-CNR, Roma
Italy)

 

VMC

 

Caméra grand angle dans le visible et l’UV de conception allemande

 

Mars Express (HRSC/SRC) and Rosetta (OSIRIS)

 

W. Markiewicz
(MPAe, Katlenburg-Lindau, Germany)

 

DEMAIN : LES MISSIONS PASSEES VERS VENUS

Par Bouton - Publié dans : solarnews
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